Ecole, contes africains et sourires de gamins
Jeudi, 15h05, vite vite, ça y'est on est en retard, ah ben bravo, on commence bien, et puis ahlala, les filles, je stresse trop, on leur dit quoi aux gamins, et qui c'est qui lit ?, on partage les dialogues ou pas finalement ?, Leslie, t'as pris les boubous ?, et les contes ? et, aaaah j'ai peur.
Jeudi, 15h05, Leslie essaie de me rassurer, mais oui Mélie ça va bien se passer, ils sont juste une cinquantaine de gamins, et on doit juste animer un atelier contes africains pendant une heure et quart. C'est quand même pas bien compliqué, si ? Euh...
Jeudi, 15h05, Anne-So qui demande à être briefée, les bonjours à la maîtresse, et l'organisation dans la salle polyvalente, bon on se met où ?, sur l'estrade ?, attends, je comprends rien, ça se met dans quel sens, ce truc ?!, héé, on va planquer nos affaires derrière l'estrade, et on se met pieds nus, hein, parce que les baskets, avec le boubou, c'est pas top...
Jeudi, 15h05, et deux classes de CE2 et CM1 s'assoient en demi-cercle devant nous... Avec les filles, on se jette des coups d'oeil, on commence comment ? Hum... S'éclaircir la voix, se présenter, hésiter un peu. Et puis ouais. Se lancer.
Leur demander de prendre des nouvelles de la famille de chacun, tour à tour, "Et ta mère, comment elle va ?", "Lafi, lafi ! Et ton père, comment il va ?", et ainsi de suite. Le bonhomme du deuxième rang qui n'ose pas répondre, la petite derrière qui attend impatiemment son tour et qui, au moment de parler, répond "bien" au lieu de "lafi", et met une main sur sa bouche ; celui qui demande "Et tes poules, comment elles vont ?", (on a aussi eu droit au chien, et à l'âne), et quand la demoiselle a demandé "Et ton frère, comment il va ?", le garçon a répondu, après un silence, "mais j'ai pas de frère..." Eclat de rire général, et voilà, l'ambiance est posée...
Leur expliquer qu'au Burkina, on n'a pas le droit de conter le jour (merci les introductions des bouquins de contes africains :)), et qu'il faut une incantation pour être autorisé à conter. Et cinquante voix qui répètent "Excuse-moi jour, laisse-moi conter".
Et voilà, ensuite, c'était leur lire les contes, celui de l'éléphant et de la tortue qui se disputent, et le pourquoi du jour et de la nuit, et cet autre, là, avec le chasseur et le crocodile, et puis un dernier sur la vieille pauvresse. Des mots après chaque, les valeurs des promesses, le pardon, l'apparence et les préjugés. Etre épatées par les réflexions de ces gamins de 9-10 ans, touchées, aussi. Celui au t-shirt jaune, qui a une aisance incroyable, et des mots comme je ne savais pas qu'on en connaissait en CM1, cette toute petite un peu éloignée des autres à la peau très pâle, qui lève la main et parle d'une toute petite voix, et puis celui au fond qui demande la parole sans savoir quoi dire à chaque fois. Les autres.
Leur proposer d'inventer d'autres "pourquoi ?", avec leur maîtresse en classe, et de nous les raconter la prochaine fois, leur demander de nous chanter la chanson africaine qu'ils ont appris en cours de musique. Leur parler de l'école, au Burkina. De l'échange qu'on aimerait instaurer. Des photos qu'ils pourraient envoyer, de leur vie qu'ils pourraient raconter.
Voilà... Je ne sais pas sur quoi ça débouchera, tout ça, mais je crois que le but était un peu de les sensibiliser à une autre réalité, ailleurs. Je ne sais pas si c'est réussi, mais peut-être, un peu. Quelque chose. De changé. Dans leur tête. Leur regard ébahi quand on leur dit que là-bas, dans leur classe, il y a cent élèves. Leurs questions, à la fin. (Même si tous n'étaient pas interessés, même si l'on voyait bien, qu'il y en avait, qui n'étaient pas avec nous.)
- Et ils ont des jouets ?
- Oui, mais ce ne sont pas des jouets comme les vôtres... Il y a beaucoup de jouets qu'ils fabriquent par eux-mêmes...
- Ils ont des game-boy ?
- Ah ça non, pas de game-boy...
- On n'a qu'à leur en emmener une, de game-boy !
- Mais non, t'es bête, t'as écouté ce qu'elles ont dit ? Ils sont cent en classe, faut qu'on en amène autant !!"
:)
Jeudi, 15h05, Leslie essaie de me rassurer, mais oui Mélie ça va bien se passer, ils sont juste une cinquantaine de gamins, et on doit juste animer un atelier contes africains pendant une heure et quart. C'est quand même pas bien compliqué, si ? Euh...
Jeudi, 15h05, Anne-So qui demande à être briefée, les bonjours à la maîtresse, et l'organisation dans la salle polyvalente, bon on se met où ?, sur l'estrade ?, attends, je comprends rien, ça se met dans quel sens, ce truc ?!, héé, on va planquer nos affaires derrière l'estrade, et on se met pieds nus, hein, parce que les baskets, avec le boubou, c'est pas top...
Jeudi, 15h05, et deux classes de CE2 et CM1 s'assoient en demi-cercle devant nous... Avec les filles, on se jette des coups d'oeil, on commence comment ? Hum... S'éclaircir la voix, se présenter, hésiter un peu. Et puis ouais. Se lancer.
Leur demander de prendre des nouvelles de la famille de chacun, tour à tour, "Et ta mère, comment elle va ?", "Lafi, lafi ! Et ton père, comment il va ?", et ainsi de suite. Le bonhomme du deuxième rang qui n'ose pas répondre, la petite derrière qui attend impatiemment son tour et qui, au moment de parler, répond "bien" au lieu de "lafi", et met une main sur sa bouche ; celui qui demande "Et tes poules, comment elles vont ?", (on a aussi eu droit au chien, et à l'âne), et quand la demoiselle a demandé "Et ton frère, comment il va ?", le garçon a répondu, après un silence, "mais j'ai pas de frère..." Eclat de rire général, et voilà, l'ambiance est posée...
Leur expliquer qu'au Burkina, on n'a pas le droit de conter le jour (merci les introductions des bouquins de contes africains :)), et qu'il faut une incantation pour être autorisé à conter. Et cinquante voix qui répètent "Excuse-moi jour, laisse-moi conter".
Et voilà, ensuite, c'était leur lire les contes, celui de l'éléphant et de la tortue qui se disputent, et le pourquoi du jour et de la nuit, et cet autre, là, avec le chasseur et le crocodile, et puis un dernier sur la vieille pauvresse. Des mots après chaque, les valeurs des promesses, le pardon, l'apparence et les préjugés. Etre épatées par les réflexions de ces gamins de 9-10 ans, touchées, aussi. Celui au t-shirt jaune, qui a une aisance incroyable, et des mots comme je ne savais pas qu'on en connaissait en CM1, cette toute petite un peu éloignée des autres à la peau très pâle, qui lève la main et parle d'une toute petite voix, et puis celui au fond qui demande la parole sans savoir quoi dire à chaque fois. Les autres.
Leur proposer d'inventer d'autres "pourquoi ?", avec leur maîtresse en classe, et de nous les raconter la prochaine fois, leur demander de nous chanter la chanson africaine qu'ils ont appris en cours de musique. Leur parler de l'école, au Burkina. De l'échange qu'on aimerait instaurer. Des photos qu'ils pourraient envoyer, de leur vie qu'ils pourraient raconter.
Voilà... Je ne sais pas sur quoi ça débouchera, tout ça, mais je crois que le but était un peu de les sensibiliser à une autre réalité, ailleurs. Je ne sais pas si c'est réussi, mais peut-être, un peu. Quelque chose. De changé. Dans leur tête. Leur regard ébahi quand on leur dit que là-bas, dans leur classe, il y a cent élèves. Leurs questions, à la fin. (Même si tous n'étaient pas interessés, même si l'on voyait bien, qu'il y en avait, qui n'étaient pas avec nous.)
- Et ils ont des jouets ?
- Oui, mais ce ne sont pas des jouets comme les vôtres... Il y a beaucoup de jouets qu'ils fabriquent par eux-mêmes...
- Ils ont des game-boy ?
- Ah ça non, pas de game-boy...
- On n'a qu'à leur en emmener une, de game-boy !
- Mais non, t'es bête, t'as écouté ce qu'elles ont dit ? Ils sont cent en classe, faut qu'on en amène autant !!"
:)

2 Comments:
c'est chouette de pouvoir faire réver des nenfants !
et puis, le ptit du dernier rang, qui n'avait pas l'air très présent, il aura retenu peut-ètre la couleur des boubous ou découvert qu'un pays s'appelait Burkina Faso !
Alors rien que pour ça, ce jeudi aprèm était drolement chouette!
Bonjour, bravo pour votre blog sympa, j'ai mis en ligne un blog de contes, musiques et vies d'afrique de l'Ouest racontés par les griots, merci de me rendre visite de diffuser le blog et de vous inscrire au newslettters.
vive l'Afrique !
Marc
http://griot.over-blog.com
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